Le pardon est un mot que l’on entend souvent à l’église, dans les Évangiles, dans nos prières. Mais dans la réalité de nos vies, avec nos relations et nos blessures, c’est une autre histoire. Pardonner est facile quand il s’agit de broutilles, mais qu’en est-il quand la blessure est profonde ? Quand on a été trahi, humilié, abandonné ? Dans ces moments là, le pardon est loin d’être évident.
On considère souvent le pardon comme un signe de faiblesse, une manière de permettre aux autres de nous marcher dessus. Mais en réalité, quiconque a déjà été profondément blessé sait que pardonner demande une force et un courage immenses, voire surhumains. D’autant plus lorsque le pardon va à contre-courant de nos émotions et de ce que notre cœur meurtri ressent.
En fait, nous avons tendance à confondre le pardon avec un sentiment de positivité envers l’offenseur ou un manque de colère face à l’offense. Or le pardon n’est pas un sentiment, c’est un acte de la volonté. Sinon, le Seigneur ne nous l’aurait jamais commandé. Il faut savoir que les émotions ne sont pas sous notre contrôle; elles sont involontaires, elles surgissent en nous que nous le voulions ou non. En revanche, nous pouvons les gérer et les orienter.
Peut-on alors dire que la colère que nous éprouvons est compatible avec le pardon? Assurément! Saint Thomas d’Aquin affirme que la colère est une réponse légitime face à l’injustice et qu’y rester indifférent peut même être un défaut. Toutefois, il est essentiel de distinguer la colère juste, qui est une volonté intérieure de rétablir la justice, du péché capital, qui est une colère injuste dans son objet, disproportionnée dans sa réaction, et nourrie de vengeance et de haine. (Somme Théologique, IIa-IIae, q. 158, a. 1-4)
L’acte de pardonner commence donc par la résolution de ne pas vouloir nuire à l’offenseur à cause de son offense, mais de rechercher son véritable bien : son salut.
La colère juste, lorsqu’elle est bien orientée, devient alors un moteur qui nous pousse à œuvrer, d’une façon ou d’une autre, pour aider l’autre à se réconcilier avec Dieu et avec son prochain.
Une autre fausse conception du pardon consiste à croire qu’il signifie oublier le mal commis et agir comme si rien ne s’était passé, même si l’offenseur ne regrette pas ses actes. En réalité, cela peut être dangereux. Car une telle vision du pardon conduirait à un monde où l’injustice resterait sans conséquences et où les criminels pourraient agir en toute impunité.
Jésus lui-même dit clairement : « Si ton frère a commis un péché, fais-lui de vifs reproches, et, s’il se repent, pardonne-lui. Même si sept fois par jour il commet un péché contre toi, et que sept fois de suite il revienne à toi en disant : “Je me repens”, tu lui pardonneras. » (Luc 17,3-4). Le pardon, dans sa plénitude, suppose donc un repentir et une conversion sincère de la part de l’offenseur.
Dieu offre son pardon à tous, mais pour qu’il soit effectif, il faut que l’autre le reçoive en reconnaissant sa faute. De même, nous devons toujours être prêts à pardonner, mais la réconciliation ne peut être complète que si l’offenseur est dans une démarche de conversion et de réparation.
Ainsi, pardonner ne signifie pas banaliser ou minimiser le mal. Cela ne signifie pas non plus qu’il faut forcément renouer avec celui qui nous a blessés. Dans certains cas – comme les abus ou les agressions – il serait irresponsable de ne pas garder ses distances. L’Église reconnaît qu’il y a des situations où même « la séparation des époux avec maintien du lien matrimonial peut être légitime » (Catéchisme de l’Église catholique, n° 2383).
Enfin de compte, pardonner n’est pas une option facultative pour le chrétien, mais une nécessité pour son salut. Cependant, face aux blessures profondes, il peut sembler hors de portée. Comment alors avancer vers ce pardon auquel nous sommes appelés?
Un bon début est de prier pour la personne qui nous a offensée. Peut-être que c’est une prière difficile, douloureuse, presque forcée au début. Mais avec le temps, ce simple acte d’offrir cette personne à Dieu peut transformer notre cœur.
Jad-Elia NASSIF
Vicaire
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