Feuillets du 21 et 22 février 2026
Saint-Hubert
Chaque année, au début du Carême, une question revient dans de nombreux foyers catholiques :
— Alors… tu arrêtes quoi cette année ?
— Le chocolat.
Et l’année suivante ?
— Toujours le chocolat…
Comme si le chocolat constituait le principal obstacle à la sainteté.
Soyons honnêtes : si tel était le cas, la Belgique serait le lieu spirituel le plus dangereux de la planète.
Dans l’Évangile des tentations, Jésus ne renonce pas au pain parce qu’il l’appréciait particulièrement ni pour démontrer sa force de volonté.
Il refuse simplement d’en faire le centre de sa vie.
La nuance est essentielle : il révèle ce dont l’homme a réellement faim — Dieu lui-même.
Le problème n’est donc ni le chocolat, ni le café, ni la viande, ni la bière.
Le problème commence lorsqu’un bien créé — nourriture, écrans, réseaux sociaux, jeux vidéo, confort, sexualité, distractions — devient ce qui nous rassure, nous console et structure notre existence… à la place de Dieu.
Le Christ n’est pas venu supprimer les appétits humains, mais les remettre à leur juste place.
Et parce que l’homme ne change pas seulement par des idées mais par des actes concrets, l’Église propose le jeûne : un langage du corps qui rappelle à l’âme qu’elle n’est pas obligée d’obéir à tout ce qui la traverse.
Le Carême ne consiste donc pas d’abord à éliminer un plaisir, mais à le remettre à sa juste place pour retrouver la liberté intérieure.
Sinon, le combat reste en surface : on peut très bien renoncer aux pralines pendant quarante jours… et rester impatient, médisant, dur, inquiet ou fermé.
Pourquoi ne pas essayer cette année un déplacement simple : remplacer quelque chose par un temps pour Dieu ?
Dix minutes de prière à la place d’un écran ;
une bénédiction plutôt qu’une critique ;
l’aumône au lieu d’un achat superflu ;
un signe de croix plutôt que de râler quand sonne le réveil.
Ainsi, ce n’est plus le frigo que nous convertissons, mais le cœur.
Oui, nous pouvons nous abstenir du chocolat ou d’autre chose — à condition que cela devienne un rappel quotidien que Dieu seul suffit.
L’essentiel est de ne pas faire du Carême un régime, mais une ouverture : laisser Dieu commencer quelque chose de nouveau en nous.
P. Jad-Élia Nassif