Feuilles du 7 et 8 mars 2026
Immaculée Conception
Saint-Hubert
Sainte-Julienne
Un jour, quelqu’un m’a confié :
« J’ai tout ce qu’il faut pour vivre, et pourtant j’ai l’impression de manquer de quelque chose d’essentiel. »
Peut-être que cette phrase pourrait être la nôtre.
On travaille, on s’occupe des enfants ou des parents âgés, on court entre les rendez-vous, les courses, les engagements. Les journées sont pleines… et pourtant, le soir, une fatigue particulière demeure. Une fatigue du cœur. Comme une soif que rien ne semble vraiment apaiser.
Les lectures de ce troisième dimanche de Carême parlent de cette soif… mais aussi du doute qu’elle peut engendrer.
Dans la première lecture, le peuple d’Israël manque d’eau dans le désert. Il souffre de la soif et récrimine contre Moïse :
« Pourquoi nous as-tu fait monter d’Égypte ? Était-ce pour nous faire mourir de soif ? »
Ce n’est pas une simple demande. C’est une plainte, presque une accusation. Derrière la soif physique, il y a une question plus profonde :
« Le Seigneur est-il au milieu de nous, oui ou non ? »
Cette question, nous la connaissons bien.
Quand la maladie s’installe.
Quand une prière reste sans réponse.
Quand un projet s’effondre.
Quand une relation se fragilise.
Le désert n’est pas seulement un lieu biblique : il peut traverser nos maisons, nos familles, nos engagements, notre vie paroissiale. Et parfois, sans le dire aussi directement, nous nous demandons nous aussi : « Seigneur, es-tu vraiment là ? »
Le psaume nous adresse alors un appel décisif :
« Aujourd’hui, ne fermez pas votre cœur, mais écoutez la voix du Seigneur. »
Fermer son cœur peut prendre mille formes :
continuer par habitude, sans espérance ;
venir à la messe sans plus rien attendre ;
se protéger intérieurement pour ne plus être déçu.
Écouter, au contraire, c’est accepter de rester ouvert, même dans l’incompréhension.
C’est oser dire à Dieu ce qui nous habite vraiment.
C’est reconnaître notre soif, notre colère parfois, sans fuir sa présence.
Dans l’Évangile, Jésus rencontre une femme au bord d’un puits. Elle aussi porte une histoire compliquée, des blessures, des incompréhensions. Là encore, tout commence par une soif. Mais au lieu d’une querelle ou d’une mise à l’épreuve, un dialogue s’installe.
Jésus ne supprime pas d’un coup les difficultés.
Il ouvre un espace de vérité.
Il promet une source intérieure : « une eau jaillissant pour la vie éternelle ».
Saint Paul nous en donne la clé :
« L’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par l’Esprit Saint. »
Même quand nous doutons, même quand nous questionnons, Dieu ne se retire pas. Au désert, il ne se fâche pas : il fait jaillir l’eau du rocher. Il transforme le lieu de l’épreuve – Massa et Mériba – en lieu de grâce.
En ce jour où nous faisons mémoire de saint Jean de Dieu, homme de compassion, nous sommes invités à devenir, à notre tour, porteurs de cette source.
Un appel à une personne seule.
Une visite à un malade.
Un service discret rendu sans bruit.
Dans nos déserts personnels et communautaires, Dieu continue d’agir. Il ne se lasse pas de répondre à nos doutes par sa fidélité.
En ce temps de Carême, osons lui présenter nos questions, nos lassitudes, nos soifs profondes.
Et laissons-le faire jaillir, là où nous ne l’attendions plus, une eau qui redonne vie.
Carla Cerami