Feuillets du 28 et 29 mars 2026
Immaculée Conception
Marie-Médiatrice
Saint-Hubert
Sainte-Julienne
Eviter les pièges.
Résister avec le Christ pour éviter les pièges de l’exaltation et du découragement.
La liturgie de ce dimanche est très particulière. Elle passe de la joie exubérante de l’entrée triomphale de Jésus à Jérusalem au désespoir face à la mort de celui qu’on croyait sauveur d’Israël.
Au terme de notre parcours qui nous a invités à creuser nos faims et nos soifs, à être vrais avec nous-mêmes, à changer notre regard, à accepter de voir ce monde défiguré, à oser mettre notre foi dans la vie plus forte que nos morts, la liturgie nous invite à éviter deux écueils, deux impasses : l’exaltation et le découragement.
Le Christ est le Messie, mais notre image du messie est tronquée et nous pourrions croire, comme les foules de Jérusalem et les apôtres, qu’il arrangerait tous nos problèmes. Le salut apporté par le Christ nous invite à entrer avec lui dans le combat de l’amour, de la justice, du pardon. C’est le combat de Dieu et chaque fois que nous faisons un pas en ce sens, nous nous approchons du Royaume, nous annonçons ce royaume qui advient. Chaque geste de solidarité ouvre l’espérance car il est germe du Royaume.
Avec le dimanche des Rameaux et de la Passion, s’ouvre la Grande Semaine, une semaine qui compte dans la vie des chrétiens. En ces jours, c’est l’ultime qui se joue, le plus décisif, le plus crucial. Semaine où tout se joue de la foi, de l’espérance, de l’amour aussi. De la foi, car ici, en ces jours mieux que jamais, Dieu se dit, Dieu se donne et se fait présent dans nos vies, plus intime à nous-mêmes là où notre choix d’être chrétien trouve toute sa cohérence. De l’espérance, car ici, en ces jours mieux que jamais, Dieu ouvre des brèches dans l’absurde de la souffrance et de la mort et fait renaître le printemps d’une vie nouvelle, notre choix d’être chrétien prend alors toute sa pertinence. De l’amour enfin, car ici, en ces jours mieux que jamais, Dieu manifeste sa passion pour l’homme et invite à entrer à notre tour dans la ronde de la tendresse et du pardon et là notre choix d’être chrétien prend toute sa densité. Une semaine pour la foi, l’espérance et l’amour… Il s’en est fallu de quelques heures à peine pour passer d’un cortège à l’autre, des cris de triomphe aux cris de haine, des « Vive Jésus » aux « Mort à Jésus ». Ainsi le dimanche des Rameaux nous place-t-il devant un choix : pour ou contre ? De quel camp sommes-nous ? De ceux qui suivent Jésus ou de ceux qui s’enfuient ? De ceux qui l’aiment ou de ceux qui le rejettent. En ce sens, ce dimanche arrive à point nommé pour conclure notre carême : nous avons suivi Jésus et, comme les apôtres nous avons appris à le connaître, nous avons cherché à en percer le mystère… Une semaine autour de la croix ! La croix par laquelle nos péchés sont rachetés ; une démarche personnelle nous a été proposée dans le sacrement de la réconciliation. Comme le fils prodigue, nous nous sommes jetés dans les bras de Notre Père aimant. L’étape suivante est de vivre le triduum pascal qui commence par la messe Chrismale du mercredi soir à 18h à la cathédrale de Liège. Dans le prolongement du dimanche des rameaux, nous sommes un peuple en marche à la suite de notre évêque qui durant la célébration consacrera le Saint Chrême, l’huile des catéchumènes et l’Huile des malades. Prêtre et diacres renouvelleront leur engagement prononcé lors de leur ordination. Une communauté rassemblée autour de la table, c’est le Jeudi Saint où nous rencontrons Jésus serviteur lavant les pieds de ses disciples puis s’offrant dans le pain et dans le vin, signe d’acceptation de sa passion mais aussi où il manifeste l’accomplissement de son sacerdoce auquel les apôtres et leurs successeurs doivent prendre part. L’adoration nous rappelle cette prière au jardin des oliviers et nous conduira au début de la nuit du Vendredi Saint. Le Vendredi Saint est un jour qui appelle au Silence. Silence face au bois de la Croix qui porte le Salut du monde. Silence face au serviteur « qui était si défiguré qu’il ne ressemblait plus à un homme » nous dit la première lecture, silence face à Jésus, couronné d’épines que nous rapporte l’évangéliste. Silence face à tant de douleurs. Silence du début à la fin ! Seul le silence nous permet d’entendre, dans les lectures du jour, le cri de l’homme défiguré et mis à mort, le cri des personnes qui souffrent du manque du minimum vital, qui souffrent dans leur corps, qui souffrent au milieu de conflits. Toutes ces souffrances seront rassemblées dans la prière du chemin de croix accompagnant notre Seigneur dans sa passion. Aboutissement de cette semaine : les mots du centurion ! Face à la croix, il proclame, comble du paradoxe : « Cet homme était Fils de Dieu ! ». Révélation ultime qui ne trouve son plein sens que devant la croix. Devant la croix dressée, le centurion fait la plus belle et la plus forte des professions de foi. A notre tour, en ces jours de Passion de proclamer notre attachement au Christ en nous reposant la question de notre foi : pour nous, qui est Jésus ? Que disons-nous de lui ? Et puis surtout est-ce qu’il compte pour nous ? Quelle place a-t-il, une place dans notre cœur ? Quelle place a-t-il, une place dans notre vie ? Ami … mais jusqu’où ? La grande et belle Semaine surplombe notre histoire comme la croix plantée sur la colline tout en haut, pour être vue de tous, de tous les lieux et de tous les temps. Car tous sont concernés par ce qui s’est passé là-bas, dans ce lieu précis, à ce moment précis mais qui récapitulait en eux tous les lieux et tous les temps, comme l’homme Jésus portant en lui le poids de tous.
Christian Ledy.