« Je lui ai dit, il m’a dit, alors je lui ai répondu… »

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Feuillets du 5 et 6 septembre 2026
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Que ce soit en paroisse, au travail, entre voisins, en couple ou en famille, aucune relation humaine n’est totalement à l’abri du conflit.

Souvent, nous préférons éviter un conflit et préserver la tranquillité plutôt que de l’affronter. Peut-être parce que nous l’imaginons comme le début d’une sorte d’enchaînement inévitable : qui dit conflit, dit dispute ; qui dit dispute, dit blessure ; qui dit blessure, dit éloignement ; et qui dit éloignement, dit hostilité. Cependant, cet enchaînement n’a rien d’inévitable.

Le conflit peut naître de faits réels et tout à fait ordinaires : attentes différentes, mauvaise communication, fatigue, intérêts divergents, différences de caractère, etc. Mais il peut facilement s’aggraver si je commence à interpréter ces faits comme étant dirigés contre moi.

Dans ma tête, ce n’est plus simplement : « Il a fait ceci » ou « elle a dit cela », mais : « Il a fait ceci parce qu’il ne m’aime pas ; elle a dit cela parce qu’elle ne me respecte pas ». Et lorsque je commence à percevoir l’événement comme une offense, j’ai tendance à me donner raison et à donner tort à l’autre.

Je rejoue alors la conversation dans ma tête. Je remarque désormais dans le comportement de l’autre ce qui confirme que j’ai raison. Et je commence à raconter l’affaire pour chercher une validation de la version que je me suis construite :

— « Tu as raison, il n’aurait pas dû te dire ça. »
— « C’est incroyable ce qu’elle t’a fait ! »
— « Moi aussi, je le ressens comme ça. »

Et peu à peu, on finit par s’éloigner de l’événement lui-même et par réagir aux interprétations qui se sont construites autour de lui. Ce qui ouvre, évidemment, la porte à l’éloignement et à l’hostilité.

Lorsque nous avons besoin de parler de nos conflits, il est tout à fait légitime de le faire avec une personne de confiance, pour recevoir un conseil, essayer de comprendre ce qui s’est réellement passé ou chercher de l’aide. Mais cela devient problématique lorsque nous commençons à exposer inutilement nos conflits autour de nous.

Toutefois, si c’est la réconciliation que nous recherchons, alors ce n’est pas de la personne, mais à la personne avec qui nous sommes en conflit qu’il nous faut parler.  « Si ton frère a commis un péché contre toi, va lui faire des reproches seul à seul. S’il t’écoute, tu as gagné ton frère », nous dit le Seigneur (Mt 18, 15)

Père Jad-Elia Nassif