Le secret des couples qui restent amoureux.

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Feuillets du 16 et 17 mai 2026
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Au début, il y avait l’élan, la joie de se retrouver, le désir spontané, parfois même cette impression que l’amour allait de soi. Puis les années passent. Les habitudes s’installent. Les blessures aussi. Les conflits non résolus, la fatigue, les responsabilités, parfois les déceptions. Et certains couples finissent par glisser dans une fidélité vécue surtout par devoir. 

Beaucoup de mariés portent cette question en silence : « La passion des premières années reviendra-t-elle un jour ? »

Il est vrai que l’amour conjugal n’est pas seulement un sentiment. Mais il ne peut pas non plus survivre longtemps comme une simple structure vide soutenue uniquement par les « piliers du mariage ». 

La fidélité, l’indissolubilité, la liberté et l’ouverture à la vie sont les fondations de la maison. Mais une maison n’est pas faite seulement de fondations. Elle est faite pour être habitée, éclairée, vivante et chaleureuse.

Le danger aujourd’hui est double. 

D’un côté, notre culture croit que lorsque les sentiments disparaissent, l’amour est mort. Alors on cherche ailleurs une émotion plus forte, une nouveauté, un frisson immédiat. 

De l’autre côté, des couples catholiques tombent dans l’excès inverse : ils restent fidèles extérieurement, mais en enterrant peu à peu toute tendresse, toute joie, toute affection, comme si aimer signifiait seulement « tenir bon ».

Or, l’amour conjugal n’est ni une émotion sans fidélité, ni une fidélité sans vie. Il a besoin de deux dimensions inséparables : d’une part, le désir de l’autre, la joie d’être avec lui, la tendresse, les sentiments ; et d’autre part, l’amour qui se donne, qui sert et se sacrifie pour le bien de l’autre.

Et contrairement à ce qu’on imagine souvent, le don de soi dans les moments de « sécheresse » n’est pas une manière de faire semblant d’aimer. Il ne transforme pas l’amour en mensonge. Au contraire, c’est souvent ce qui l’empêche de mourir.

Car ce n’est pas en attendant passivement ou en cherchant obsessionnellement « à ressentir quelque chose » que les sentiments reviennent. C’est souvent au moment où chacun recommence à sortir de lui-même pour aimer concrètement l’autre que quelque chose renaît peu à peu.

C’est en recommençant à se regarder autrement, à se parler autrement, à se servir mutuellement, à redevenir disponibles l’un à l’autre, à guérir les blessures laissées s’accumuler pendant des années, qu’un couple retrouve une affection vivante.

Ainsi, l’un des plus grands ennemis du couple, ce n’est pas le conflit, mais « l’installation confortable » : le moment où l’on cesse de cultiver la relation, où l’on considère l’autre comme « acquis », où l’on vit côte à côte sans continuer à se choisir. 

Or, l’amour conjugal ne reste vivant que s’il est nourri par des gestes simples, du temps offert et des paroles douces. Parfois, l’amour recommence simplement autour d’un repas partagé sans distractions, d’une promenade, d’un pardon enfin demandé, ou du choix de recommencer à prier ensemble.

Alors oui, l’élan amoureux peut ressurgir. Pas toujours sous la forme naïve et explosive des débuts, mais souvent sous une forme plus profonde, plus paisible et plus forte. 

Le véritable miracle de l’amour chrétien n’est pas d’éviter tous les hivers, mais de découvrir que, à travers le don de soi, l’amour peut encore refleurir. 

Car dans le mariage sacramentel, le Ressuscité lui-même vient habiter l’alliance des époux. Bien sûr, cela suppose que les deux acceptent encore de marcher ensemble.

Peut-être que ces lignes seront une source d’espérance pour certains, mais elles peuvent aussi être douloureuses pour ceux qui portent aujourd’hui la blessure d’un mariage brisé. Cependant, cela ne signifie pas forcément qu’on a échoué à l’amour. Car il existe des situations difficiles où continuer à vivre ensemble finit par détruire les personnes elles-mêmes. La séparation peut alors devenir nécessaire pour protéger ce qu’il reste d’humanité, de paix ou de dignité. 

Mais se séparer ne signifie pas laisser la place à la haine ou au ressentiment.

L’absence de l’autre ne veut pas toujours dire la fin de l’amour. Peut-être que nos veufs et veuves en sont les témoins les plus silencieux et les plus vivants. 

Vivons avec cette espérance : Dieu ne laisse pas se perdre ce qui a été aimé dans la vérité. Et le Christ promet qu’un jour, tout ce qui a été blessé, séparé ou demeure inachevé sera guéri et transfiguré dans le cœur même de Dieu.

P. Jad-Élia Nassif