Feuillets du 31 octobre et du 1er novembre 2026
Immaculée Conception
Saint-Nicolas
Saint-Hubert
Nous entendons souvent parler en Église d’apparitions de saints. Mais bien plus rarement, sinon dans la confidence, quelqu’un évoque une apparition ou un sentiment de contact avec un proche décédé. Peut-être préférons-nous rester discrets pour ne pas être pris pour des fous ? Aujourd’hui, au seuil de la commémoration des défunts, parlons-en ouvertement.
Précisons d’abord que nous parlons ici d’expériences spontanées, non provoquées. Il s’agit de ce qui survient sans avoir été recherché : un rêve particulièrement vivant, une parole que l’on croit entendre, une présence ressentie, un événement ou un signe dans lequel on reconnaît quelque chose du défunt.
Ces expériences sont plus fréquentes que nous ne le pensons. Plusieurs études montrent qu’une proportion importante des personnes endeuillées, parfois proche de la moitié, rapportent avoir ressenti la présence du défunt ou avoir eu l’impression de le percevoir. Les recherches en psychologie et en psychiatrie montrent aussi que ces expériences ne sont pas, à elles seules, le signe d’un trouble psychique. Toutefois, elles n’établissent pas, par ce seul fait, que le défunt leur a effectivement rendu visite.
Que faire alors de telles expériences ? Faut-il les croire, les écarter ou les enterrer ?
La foi chrétienne affirme que la mort ne détruit pas la communion de ceux qui appartiennent au Christ. Elle nous invite à prier pour les défunts et nous enseigne que cette prière peut leur venir en aide. Mais cette communion spirituelle veut-elle dire que nos défunts peuvent communiquer avec nous ?
Dans la tradition catholique, des théologiens, notamment saint Thomas d’Aquin, ont admis que Dieu puisse exceptionnellement permettre à un défunt de se manifester. L’un des plus anciens témoignages chrétiens extrabibliques conservés remonte à l’an 203, lorsque sainte Perpétue raconte avoir vu en vision son petit frère défunt, Dinocrate, d’abord souffrant, puis soulagé après ses prières. Plus tard, sainte Thérèse d’Avila et sainte Faustine Kowalska rapporteront, elles aussi, des rencontres de la sorte avec des religieuses décédées.
Ces témoignages appartiennent à l’histoire spirituelle de l’Église, sans constituer pour autant des vérités de foi auxquelles les catholiques seraient tenus de croire. C’est pourquoi l’Église nous appelle à la prudence : nous ne devons ni fixer de limites à ce que Dieu peut permettre ni lui attribuer toute expérience qui nous semble extraordinaire.
Comment réagir si une telle expérience nous arrive ?
Nous pouvons commencer par reconnaître simplement ce que nous avons vécu : « J’ai fait ce rêve, j’ai ressenti cette présence, j’ai cru entendre cette parole », sans conclure aussitôt qu’un défunt s’est manifesté. Un sentiment de paix, même profond, ne suffit pas à le prouver. Il peut néanmoins devenir une occasion de remercier Dieu, de prier ou de reprendre courage. Il est également légitime de dire : « Je ne sais pas. » Ce n’est ni un manque de foi ni une trahison de la personne aimée. Si nous en ressentons le besoin, parlons-en à un prêtre. Et si l’expérience devient angoissante, répétitive ou perturbante, un accompagnement psychologique peut être précieux.
Voici quelques repères qui pourraient aider :
- Voir en rêve un proche souriant ne nous donne pas la certitude qu’il est déjà au ciel. Nous pouvons accueillir ce souvenir paisible tout en continuant à prier pour lui. Inversement, un rêve douloureux ne nous autorise pas à conclure qu’il serait condamné.
- Une parole entendue ou rêvée n’est pas un ordre auquel nous devrions absolument obéir. Nous n’avons pas à bouleverser notre vie, à rompre une relation ou à prendre une décision grave au seul motif qu’un défunt aurait semblé nous le demander. Gardons comme repères l’Évangile, la raison et nos responsabilités.
- Il arrive aussi que le désir de revivre un instant de consolation prenne peu à peu toute la place. On guette une chanson, un chiffre, un oiseau, une coïncidence. On attend le prochain rêve, et ce qui avait apporté un peu de paix risque de nous enfermer dans l’attente.
- À ceux qui ne vivent jamais rien de semblable, disons-le clairement : l’absence de signe ne mesure ni l’amour de votre défunt, ni la force de votre lien, ni la qualité de votre foi. Vous n’êtes pas moins aimés parce que vos nuits restent silencieuses.
Le désir d’un contact est compréhensible. Mais l’Église nous invite à ne pas chercher à provoquer ce contact par le recours aux médiums ou par tout procédé censé mettre les défunts à notre disposition. Aimer quelqu’un suppose aussi de consentir à ne pas le posséder.
Enfin, nous n’avons pas à résoudre tous les mystères pour confier nos défunts à Dieu : prononçons leur prénom devant lui, demandons qu’il les accueille, les purifie et les conduise à la plénitude de sa vie. Nous pouvons également porter leur mémoire dans une œuvre de charité et, surtout, faire célébrer une messe à leur intention.
Qu’un signe nous ait semblé donné ou que le silence demeure, notre espérance ne repose pas sur ce que nous voyons ou ressentons, mais sur le Christ ressuscité, vainqueur de la mort.
Jad-Élia Nassif.